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Père patrie
par Thierry Beinstingel
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Date de parution 13 août 2025 | Archivage Aucune
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Résumé
C’est Joska, le « père de la patrie », le héros d’une guerre lointaine et à moitié oubliée. Mais c’est aussi le père de Tibor, président du pays depuis vingt-cinq ans, et qui compte le rester jusqu’à son dernier souffle.
Tibor instrumentalise la gloire guerrière de son père à des fins politiques. Il lui ment aussi sur l’état désastreux du pays. Et tout cela le vieil homme aurait peut-être pu l’accepter. Mais Joska finit par découvrir que son fils est habité d’une authentique folie meurtrière.
Aura-t-il encore la force de s’y opposer ?
Thierry Beinstingel invente un pays qui résume ce que fut le « Bloc de l’Est ». L’échec de l’émancipation, l’abandon des idéaux, le culte martial du chef : tous les éléments sont réunis pour que se rejoue l’éternelle tragédie de la guerre et du pouvoir, aussi vieille que le monde et pourtant incroyablement proche de l’actualité la plus brûlante.
Dans un pays de l’Est, à l’ombre du grand frère russe, un vieil homme vit cloîtré, surveillé par des soldats. De temps à autre on l’exhibe à la foule ou à la presse dans son uniforme recouvert de...
Formats disponibles
| FORMAT | Ebook |
| ISBN | 9782213730462 |
| PRIX | 14,99 € (EUR) |
| PAGES | 280 |
Disponible sur NetGalley
Chroniques partagées sur la page du titre
Thierry Beinstingel raconte une fable aux accents historiques dans le roman Père patrie. À partir de la mémoire d’un homme, de presque cent ans, enfermé et sous surveillance continue, l’écrivain décrit un régime qui ne tient que par la force de sa violence et de son emprise. Seulement, tout peut avoir une fin. C’est ce que montre ce roman plein d’espoir !
Joska a quatre-vingt-seize ans. Par son expérience, il est le Père patrie de son pays. Maintenant, il vit enfermé sous le regard de deux soldats, jour et nuit. Dolorès est à son service depuis douze ans, pour le ménage et les tâches personnelles, si nécessaire, et accessoirement lui tenir compagnie. Depuis quinze jours, depuis une mauvaise chute, sa fille Léna la remplace.
Cette procédure de surveillance est commune à tous ceux qui font partie de l’entourage de Tibor. Il est président depuis vingt-cinq ans d’un pays de l’est, sans précision de son lieu. Lorsque survient le premier tunnel noir, comme l’appelle Joska, en fait une période de dépression, sa fille Pelaja, dite Peli, paralysée des jambes, est retrouvée noyée dans le bassin de la maison qu’il partage avec Anke, sa femme universitaire. Tout le monde pense à l’époque à un accident. Tibor avait 8 ans, Peli 3 ans. On est en 1956.
Un an après, Anke meurt de chagrin, de maladie ou de produits trop souvent inhalés. Dans le musée consacré au Président, une seule photographie raconte la jeunesse de Tibor le représentant fils unique du héros de guerre, membre influent de l’armée, Joska, et de la brillante physicienne, Anke.
Un régime particulier
« Que périsse l’enfant devenu monstrueux » est le leitmotiv de ce roman. Cette phrase reprise par Cicéron « dans son ouvrage Des lois, comme l’exemple d’une tradition législative qui lui paraît indispensable au bon fonctionnement de la république » explique l’intention de Père patrie. Car Thierry Beinstingel utilise les éclairs de mémoire du cerveau âgé de Joska pour décrire les fondements d’un régime dictatorial. Dans cette tâche, il sera aidé par Léna, qui elle-même bénificie de l’aide de l’un des soldats. Chacun apporte des éléments de connaissance pour identifier ce qui caractérise ce type régime.
Le roman est parfaitement construit et jusqu’à la fin, le suspens reste intact. La figure du tsar soviétique, comme l’appelle un journaliste, est en filigrane. Mais, l’écrivain parle d’universel : le culte de la personnalité, le musellement des oppositions, la guerre comme politique, la privation de liberté et la surveillance omniprésente.
Pourtant, Père patrie véhicule un message d’espoir. La résistance à un tel régime est active. Et tôt ou tard, le régime tombe. La figure de Joska est pour Thierry Beinstingel une métaphore d’une population qui s’éduque et construit son propre jugement, capable à un moment donné, de choisir son avenir.
À travers une fiction très bien construite, Thierry Beinstingel dans Père patrie dénonce un pouvoir dictatorial étouffant et violent, mais il souffle aussi un message d’espoir. Un roman à découvrir !
Remerciements
Aux éditions Fayard et à @NetGalleyFrance
Joska, ancien militaire centenaire et idole d'un pays de l'Est jamais nommé, il est le Père patrie pour son pays et également père de Tibor, président totalitaire du pays.
Alors qu'il est au bout du chemin, Joska va se remémorer tous les instants mémorables de sa vie, comment il est devenu le héros de son pays, comment sa famille a quitté sa vie, son changement de carrière et comment il a vu son fils grandir, loin de lui, et devenir un président totalitaire au sein de ce pays de l'Est, petit frère de la grande Russie au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Thierry Beinstingel nous raconte l'histoire de ce papa et mari, qui a essayé et failli, de ce régime totalitaire où tout le monde est surveillé et qui rappelle un 1984 un peu plus romancé et moins impersonnel.
L'histoire de ce papa m'a beaucoup touché, on le voit être le spectateur de son existence remplie de regrets et on assiste lentement au moment de bascule où il réalise que le pays qu'il aime tant n'est pas ce qu'il croit et qu'il est trompé, comme tout le monde, par son propre fils. Son pays croit qu'il est un héros de guerre alors qu'il est un héros du quotidien parce qu'il se bat tous les jours contre ses démons.
Malheureusement et alors que tout le livre est un régal à lire, j'ai été déçu par la fin. Alors que le l'histoire de Joska s'entremêlait doucement avec celle de son aide Léna, forcément à celle de son fils Tibor, l'évolution de ces trois personnages semble se faire d'un coup à la toute fin du roman, de manière précipitée et trop manichéenne à mon goût.
C'est dommage car tout le livre mène à cet affrontement qui laisse plus de choses en suspens qu'il en résout... Pas la fin que j'attendais mais une fin cohérente avec son personnage tout de même.
Père Patrie nous livre la petite histoire dans la grande, l'aveuglement face à un mal qui monte lentement via un prisme d'Europe de l'Ouest et surtout par l'humanité de son personnage principal.
Christine P, Rédacteur
Joska, 96 ans, le père du président Tibor, est enfermé dans une résidence, surveillé en permanence par des caméras et des militaires, ignorant tout de ce qui se passe à l'extérieur. La seule vraie relation qu'il a établie, c'est avec Lena, qui remplace sa mère blessée, au service du vieux monsieur.
Joska se remémore sa vie, depuis ses 16 ans où il fut décrété héros malgré lui, mis à l'honneur dans tout le pays, promu rapidement aux plus hauts grades; il épousa Anke et eut deux enfants. A cette période de bonheur succéda "le tunnel noir", la dépression, les envies de suicide après la mort de sa fille, retrouvée noyée à 3 ans et de sa femme chérie, un an après.
A travers ses souvenirs, en arrière-plan, l'évolution du monde et de son pays, jamais nommé, mais faisant partie de l'ex-URSS. Pendant les 25 dernières années, sous la férule de son fils, son pays s'est enfoncé dans la guerre, la pauvreté, l'arbitraire sans qu'il en sache rien jusqu'à ce que Lena le lui révèle.
Malgré une unité de lieu (la résidence où vit Joska) et de temps (2023), le roman est très vivant et amène son lot de révélations qui nous prennent par surprise. C'est un roman glaçant, qui interroge, car au-delà de la fiction, ce dont il est question, c'est de la dérive autoritaire d'un dirigeant paranoïaque, de l'absence de liberté, du pouvoir policier coercitif omniprésent et omnipotent, de la peur qui ont existé et existent encore dans de nombreux pays.
C'est aussi la relation père-fils ou plutôt son absence, le besoin du fils de prendre sa revanche, de dominer son père, de l'utiliser pour ses propres objectifs. Doit-on en déduire que tous les autocrates, les dictateurs, les tyrans le sont devenus pour régler un compte avec leur géniteur? A voir.....
Heureusement, cette fable politique recèle sa part de lumière; c'est l'histoire de l'Antiquité et de ses penseurs qui permet à Joska de surmonter sa douleur, sa vie sans intérêt, c'est le personnage de Lena qui se rebelle contre l'ordre établi, c'est l'espoir d'un monde meilleur.
Roman qui sort des sentiers battus, original non par le thème choisi mais par la façon dont il est traité, qui m'a conquise; j'ai également découvert un auteur dont c'est le vingtième livre et dont je n'avais jamais entendu parler auparavant.
Ce titre très caustique - la figure du père y est évidemment dévoyée - et volontairement provocateur par ce détournement patriarcal a immédiatement suscité ma curiosité, le message est d'emblée clair, il s'agira de traiter des systèmes de domination qui ont en cours dans ce ou ces pays de l'Est, si tant est que l'ex-URSS est envisagée dans sa totalité et sa sphère d'influence. L'illustration ne manque pas de nous rappeler le couvre-chef d'un certain Joseph Staline : la ressemblance est vague en effet mais bien là. Censure, concentration des pouvoirs, manipulations, impérialisme, invasion du pays voisin, police secrète, surveillance des citoyens, parti unique, arrestations et condamnations arbitraires. L'auteur n'a pas oublié d'y placer les fameux oligarques qui ont pressé la Russie nouvellement privatisée au début des années 90 jusqu'à la dernière goutte.
Joska est un jeune paysan, fils de d'agriculteurs, dans un pays dont on ne connaîtra jamais le nom, mais qui semble se trouver quelque part en Europe orientale : la guerre est déclenchée, le tout jeune Joska est appelé au front et au détour d'un heureux coup de poignard du hasard, il devient héros national. Mais depuis son départ, toute sa famille a été décimée, il reste donc seule dans cette gloire qui l'auréole, mais ne le réchauffe guère. Il fait un jour la connaissance d’Anka, jeune femme pleine d'ambition, dont il tombe amoureux : le jeune couple va avoir deux enfants, un garçon Tibor, qu'ils garderont à distance, puis une fille. Mais le drame va finir par arriver, la petite fille va mourir et Joska va amorcer une nouvelle vie, tout en gardant toujours son fils Tibor loin de lui. Un fils qui va finir par occuper le poste le plus prestigieux qui soit au sein du gouvernement.
Cela reste étrange de n'avoir presque aucun repère historique ou géographique internes auxquels se raccrocher, car il est difficile d'ancrer cette narration dans un contexte précis, hormis les grandes dates qui ponctuent l'existence du territoire européen : les deux guerres mondiales. C'est donc sur une feuille vierge, ou presque, que l'on aborde la vie de Joska, que l'on imagine tantôt ukrainien, tantôt moldave, tantôt balte ou même slovaque. Aucun danger de rapprocher cette fiction d'un pays existant, puisque le côté dystopique de cette histoire de vie réunit finalement toutes les caractéristiques du bloc de l'Est. Dans l'effacement des traits toponymiques et géographiques du pays, qui finalement ne revêtent que peu d'importance, l'accent est ainsi mis sur les situations, et leurs dérives, et leurs personnages, sans nom de famille évidemment, des pantomimes qui ne servent qu'à caricaturer cette patrie patriarcale, gérée, dominée, gouvernée successivement et autoritairement par des hommes qui n'ont de spécial que leur despotisme aveugle et avide.
Joska, ce pater patriae accroché à la sagesse cicéronienne , est ce héros de la patrie, le petit père du peuple. Pourtant ce n'est qu'un homme quelconque, qui s'est vu gratifié d'une auréole d'héroïsme qu'il n'a jamais eue et qui va faire de lui tout ce qu'il n'est pas : cette fine couche d'éclat qu'est cette apparence ne craquellera pas et sera entretenue jusqu'au bout du bout. Il faut des exemples à ces dictatures, et Joska, manipulé jusqu'au bout – à l'image déformée, agrandie, grossie, colorée. Le père patrie qui n'a jamais été le père de qui que ce soit, ou à peine, ni de quoi que ce soit, derrière les mensonges d'État. Le père patrie n'est qu'une image lisse, vide de sens, vide de valeurs, vide de tout. Car s'il manque bien de quelque chose dans cette dictature, c'est de père.
L'auteur refait l'histoire de ces pays impérialistes, annexion de territoires et richesses voisins, de ces dictatures qui ne lésinent pas sur les moyens du contrôle absolu, police secrète, mise sur écoutes, interdiction de sortir du pays, muselage de l'information. Et de ces citoyens qui n'ont de libre-arbitre que dans leur rêve, avec un personnage principal particulièrement manipulable et faible, jusqu'à cette fin quelque peu détonante qui relève un peu le niveau de l'homme passif et passéiste jusqu'à ses cent ans et qui pimente le récit un peu linéaire de la vie de Joska, parfait homme de paille, qui prend une vraie épaisseur en fin de récit.
« Toi aussi, mon fils ! »
Dans son nouveau roman, Thierry Beinstingel s’aventure dans la fable politique. Autour de Joska, un vieillard vénéré, surveillé et trahi et son fils Tibor, arrivé au pouvoir en s’appuyant sur l’image du héros paternel, il décortique les mécanismes de l’autorité, parle de la filiation et des fractures du pouvoir. Glaçant et nécessaire !
Il est là, dans un fauteuil usé, dans un silence que seul brise le bruissement d’un skaï fatigué. Il s’appelle Joska. Quatre-vingt-seize ans au compteur, la tête lourde et la mémoire vacillante. Pour s’occuper de lui, il a Dolores, une lingère, une cuisinière, un jardinier, un secrétaire, quelques femmes de ménage et des soldats pour le garder. L’ancien héros de guerre n’a plus grand-chose d’un mythe. Sa légende tient désormais dans un uniforme décoré et dans la propagande que son fils, Tibor, chef de l’État, entretient à coups de caméras de surveillance et d’images pieuses. Car Joska n’est plus un père, ni même un homme : il est devenu un symbole. Il avait huit ans quand il s’est retrouvé au cœur des combats de la Seconde guerre mondiale et réussira – dans des circonstances très particulières – à s'en sortir. Un sauvetage que tient du miracle et va le propulser héros national. Adulé et soutenu par le pouvoir, il voit son aura grandir. Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, il fait la rencontre d'Anke, la femme de sa vie.
« Cette période faste est à son comble lorsque Anke met au monde son premier enfant le 15 juillet 1948, un fils prénommé Tibor. Elle a vingt-quatre ans et Joska est dans sa vingt-deuxième année. Tibor sera rapidement confié à une nourrice, là encore, cadeau du président ». Cinq ans plus tard une petite sœur baptisée Pelaja et très vite surnommée Peli vient agrandir le cercle familial. C’est alors que deux drames surviennent, la mort de Peli et de sa mère, entraînant Joska dans un « tunnel noir ».
Soixante ans plus tard, des éléments épars surgissent « visions, odeurs, bruits ou paroles, gestes et hésitations. Cela survient sans crier gare, sans qu'il cherche à convoquer ces sensations. (…) Ça le laisse toujours dans un état de détresse incroyable, dont la manifestation première est une fatigue immense, l’impression que sa tête est la boule d’un bilboquet, tenue par un jongleur invisible et habile, réussissant chaque fois à enfoncer la sphère, chaque fois plus violemment sur la tige, semblable à une pointe qui traverse son cœur. »
Grâce à Lena, la fille de Dolores, qui a pris la relève durant la convalescence de sa mère, et s’est prise d’affection pout le vieil homme, il a trouvé une interlocutrice attentive. En attendant des nouvelles de son mari, parti au front pour une guerre aussi floue que lointaine, elle partage ses craintes avec Joska. Car quelque chose ne tourne pas rond dans le royaume de Tibor. L’autorité, le culte, la paranoïa semblent avoir atteint un point de non-retour.
Thierry Beinstingel déploie ce récit dans un décor imaginaire mais étrangement familier. Ce pays d’Europe centrale où le pouvoir bascule lentement dans la folie pourrait être n’importe lequel. L’essentiel n’est pas là. L’essentiel est dans le lien qui se défait entre un père et son fils, dans cette tragédie muette où l’amour filial devient instrument de pouvoir, et la mémoire, matière à propagande.
Le roman repose sur une tension lente, retenue. Joska se lève, avance, glisse, tombe, se redresse. Chaque geste devient combat, chaque effort une résistance minuscule. L’âge, ici, n’est pas misérable : il est digne. Joska, s’il n’a plus la force d’agir, garde celle de penser. Il se souvient d’un cheval tenu par un licol, du souffle des naseaux sur son épaule. Il lit Cicéron, De la République, Des lois, pendant que son fils gouverne par la peur. Mais c’est surtout dans le regard qu’il porte sur Lena – et sur le tatouage de Louise Michel, puis sur celui, grotesque et menaçant, d’une sirène armée d’une dague – que l’on sent son vacillement. L’Histoire, les idéaux, la violence : tout se confond dans ce corps vieilli.
Ici, pas de révolte spectaculaire. Juste un glissement. Un étouffement. Un soupçon qui prend corps. Le soldat qui ne regarde pas l’écran au moment crucial. Et cette vieille maison, transformée en prison dorée, où l’on fume sous un puits de lumière.
Ce roman parle du pouvoir, bien sûr, mais aussi du corps, de ce qu’il reste quand tout vacille. Il parle de la vieillesse comme ultime champ de bataille. Il parle des silences paternels, de l’aveuglement, de ce moment où un père comprend que son fils est devenu un tyran. Il parle, enfin, de ce que l’on transmet malgré soi. Et c’est sans doute là que Père patrie frappe le plus fort.
À l’heure où les démocraties chancellent et où les récits se font de plus en plus simplistes, Thierry Beinstingel choisit la fable dense, la parabole lente et glaçante. Il dit peu, mais il dit juste. Et dans cette langue contenue, dans cette atmosphère presque feutrée, résonne une inquiétude sourde, obstinée, qui nous suit longtemps après la dernière page.
Joska est le Pater patriæ d’un pays imaginaire de l’Est. Grâce à ses faits d’armes durant la guerre ou encore à des déplacements à l’étranger en tant qu’ambassadeur, il a marqué son pays et personne ne l’oublie.
Mais de nos jours, c’est surtout un vieil homme qui vit cloitré dans une prison dorée et que beaucoup connaissent au moins de nom car il est le père de l’actuel Président du pays, Tibor. Il est surveillé 24/24 h par des gardiens et a du mal à se déplacer, mais heureusement il a l’aide au quotidien de Lena qui est la seule à ne pas lui mentir ni rien lui cacher.
On suit au fil des pages ce vieil homme perdu dans ses souvenirs, on découvre sa vie, ce qu’il a fait pour être considéré comme père de la patrie, ses amours, ses deuils, sa rencontre avec Gorbatchev qui changea beaucoup de choses et pourquoi il est en conflit avec son fils depuis des années.
Celui-ci d’ailleurs s’apprête à fêter ses 25 ans au pouvoir en grande pompe, même si pourtant le pays est embourbé dans une 3ᵉ guerre de libération sans fin et que les habitants sont très malheureux. Lorsque, par l’intermédiaire de Lena, Joska apprend cela, il va reprendre de sa vigueur jusqu’à trouver, depuis son lit de mort, une manière de s’opposer au président.
Ce style d’histoire n’est généralement pas ma spécialité, mais j’ai été happé rapidement par le style de l’auteur et j’ai dévoré ce livre. Comment ne pas être pris de compassion pour ce vieil homme qui a tant donné et qu’on exhibe aujourd’hui comme un trophée quand il n’est pas obligé de rester enfermé dans sa cage ? J’ai aimé découvrir son passé, bien qu’inventé, l’amour qu’il a pour son pays et ce qu’il est prêt à encore faire pour lui.
Tout au long du récit, on peut comparer les deux manières de penser du père et du fils, radicalement différentes, qui montrent bien qu’on peut faire ce qu’on veut du pouvoir entre ses mains, le bien ou le mal, et la haine entre les deux monte crescendo, jusqu’à un final surprenant et qui m’a scotché dans mon fauteuil.