Les obsessions bourgeoises

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Date de parution 2 mai 2024 | Archivage 2 juil. 2024
J.C. Lattès | JC Lattès

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Résumé

Céleste s'interroge : depuis quand son amie Servane a-t-elle développé cette curieuse obsession pour les objets de valeur ? 
La première fois qu’elles se rencontrent, elles ont quinze ans, Servane porte des ballerines qui bâillent sur les côtés et débarque dans un lycée huppé de la capitale tandis que Céleste, impeccablement à la mode, règne sur ce monde dont elle n’a jamais eu à apprendre les codes. Céleste introduit Servane à Thaïs, à Mathilde, au déconcertant Étienne, aux rallyes parisiens, et les deux jeunes femmes tissent une amitié que rien ne semble pouvoir menacer. 
Pourtant, lorsque des années plus tard, à l’occasion des vingt-sept ans de Céleste, un vase précieux disparaît, un doute s’insinue, coriace. Chercher à posséder ce dont d’autres disposent si facilement fait-il de Servane une suspecte ? À mesure que l’enquête avance, une jeunesse dorée se déchire et les rancœurs passées ressurgissent, abîmant la sensation, fragile, d’avoir trouvé sa place.

Céleste s'interroge : depuis quand son amie Servane a-t-elle développé cette curieuse obsession pour les objets de valeur ? 
La première fois qu’elles se rencontrent, elles ont quinze ans, Servane...


Formats disponibles

FORMAT Ebook
ISBN 9782709672801
PRIX 14,99 € (EUR)
PAGES 368

Disponible sur NetGalley

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Chroniques partagées sur la page du titre

» Il y avait eu une soirée. Il y a avait eu un vol. Le samedi 19 avril. Au 8, rue Bonaparte. « 

C’est une histoire d’amitié a priori banale qui lie Céleste et Servane. Aujourd’hui Céleste fête ses vingt-sept ans. Lors de la soirée qui a lieu chez ses parents, un vase Lalique de grande valeur disparaît. Le lendemain elles font une déposition. Mais les doutes s’installent.

 » Les amitiés se forgent à partir d’éléments dérisoires. « 

Ces deux amies si proches se connaissent depuis leur quinze ans. En effet, elles se rencontrent pour la première fois au lycée Sainte-Geneviève à Paris, lorsque Servane arrive de Colmar. Une complicité naît rapidement entre elles, partageant leurs doutes quant à leur orientation, leurs petits amis et se projetant même dans des situations cocasses d’un avenir léger.

 » – Je crois qu’il n’y a rien de plus angoissant qu’une fille de trente ans. J’en ai entendu à la terrasse d’un café l’autre jour. Elles parlaient de RTT, de leur santé. Une d’entre elles a dit à une autre : « ça va ma chouchou tes problèmes de périnée ? » Je ne sais même pas ce que c’est le périnée. – Moi non plus. Servane, jure de m’étrangler si un jour on leur ressemble, a supplié Céleste. « 

Deux mondes les séparent. L’une est la fille unique d’un préfet, l’autre est fille d’un prof au milieu d’une grande fratrie. Servane intègre le groupe d’amis de Céleste, et apprend les codes de la bourgeoisie. Servane accepte donc à contrecoeur des heures de babby-sitting pour tenter d’être à la hauteur, aussi asservissantes soient-elles. Mais les tentations sont grandes et la résistance s’étiole…

 » Peut-être, soupire-t-elle, que pour ressembler à quelque chose sur cette terre, il faut s’enduire de crème Chanel aux perles profondes de Chanel. « 

Devant l’évidence des préjugés, comment leur amitié résistera-t-elle ?

Ce nouveau roman de Madeleine Meteyer est un véritable page turner, à la fois jubilatoire, sarcastique et puissant !

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« Les obsessions bourgeoises » est le second roman de Madeleine Meteyer. Son ouvrage précédent, « La première faute », mettait en scène le couple et notamment deux êtres qui n’évoluent pas à la même vitesse, l’érosion de l’amour et les vernis qui craquellent sous le joug du temps qui passe. Dans « Les obsessions bourgeoises », l’écrivaine aborde l’adolescence et ses amitiés fortes, et décortique cet attachement complice, suivi d’un certain détachement obscurci par des doutes, quelques années plus tard.

Le roman s’ouvre en 2017, trois jours après une soirée. Céleste Barruel, 27 ans et Servane Lacombe, sa meilleure amie portent plainte au commissariat pour le vol d’un vase Lalique série « Mûres ». Ce vol a eu lieu durant la fête d’anniversaire de Céleste au domicile de ses parents. Pour comprendre les relations entre Céleste et Servane, Madeleine Meteyer remonte aux origines de leur rencontre, en 2006. Elles ont alors 15 ans. Nous sommes le 3 septembre, le jour où Servane met pour la première fois les pieds dans un lycée dit d’excellence « où le latin et le grec continuent de s’enseigner ».

Le sous-titre de ce roman pourrait être : « Les obsessions bourgeoises » ne permettent pas d’habiter le monde de la même façon, car les deux jeunes filles sont issues de classes sociales diamétralement opposées. Céleste va en cours avec un sac Birkin, Servane sait qu’un tel objet coûte 15,5 fois le SMIC. La première vient d’une famille aisée, la seconde fait des baby-sittings plusieurs fois par semaine et ne peut jamais se joindre aux activités de sa classe par manque de moyens. Rien n’était susceptible de les rapprocher et pourtant… « Les amitiés se forgent à partir d’éléments dérisoires. »

Madeleine Meteyer choisit la double temporalité pour explorer la nature des relations humaines, les dynamiques sociales et les défis auxquels sont confrontées les deux jeunes filles alors qu’elles naviguent dans des mondes où les apparences peuvent être trompeuses. Onze années s’écoulent entre la première rencontre et le vol du précieux vase, onze années durant lesquelles la confiance peut avoir été mise à rude épreuve. Les attentes et les désirs divergents entraînent des malentendus tacites. Les rancœurs et les doutes se frayent un chemin poisseux dans les cœurs et les esprits. Servane peut-elle avoir volé ce vase, elle qui a toujours manqué de tout et qui n’a pas « évolué » à la même vitesse que ses pairs dans la société ?

Grâce à la double temporalité notamment, « Les obsessions bourgeoises » fait le focus sur ce qui lie et ce qui délie. « La grande amitié naît comme un grand amour. Dans un feu qui embrase, flatte, étourdit, rend stupide, brave, possessif. » La naissance de cette amitié, une connexion profonde et quasi immédiate, déclenche un sentiment d’enchantement et de tendresse fascinants. Avoir la sensation de trouver quelqu’un qui comprend vraiment ce que l’on ressent et avec qui l’on peut être soi-même, est d’une pureté rare. Madeleine Meteyer dissèque à merveille ce sentiment d’ouverture à l’autre et de confiance réciproque qui se développe progressivement. Tout au long du chemin, la perspective de partager des expériences, d’apprendre et de grandir ensemble crée de vraies émotions.

Mais… lorsque l’on ne vient pas du même milieu, qu’il faut trouver sa place dans cet environnement inconnu, et sans cesse avoir la sensation de devoir prouver que l’on est à la hauteur de cette amitié, « Les obsessions bourgeoises » prennent alors le dessus (nous n’avons pas tous les mêmes problèmes !). Les préjugés ont la dent dure, les disparités de richesse, de statut social, d’évolution professionnelle convoquent des doutes qui viennent ternir une relation que l’on croyait indestructible. « La grande amitié se tisse au gré des preuves. » (et non pas des épreuves…).

« Les obsessions bourgeoises » est aussi un texte assez drôle qui ose des prises de position cinglantes et acérées. « Céleste a eu 18,1. Elle ira en hypokhâgne. Le berger lui a caressé la croupe et la pousse désormais dans une direction. Elle sera Annie Ernaux, ou rien. » Madeleine Meteyer s’en donne à cœur joie dans la critique acerbe de ce monde de prénoms composés et de noms à particule dont on a autant envie de baffer les enfants que les adultes. (cf. : les séances de baby-sitting).

« L’instant d’après, les doigts de Servane courent sur les draps à la texture brillante dans lesquels Michel de Goursac flatule, fornique, rêve. Elle avise les penderies. Laquelle est celle de Laure ? Celle de droite ? Celle de gauche sûrement, du côté de la table de nuit où reposent Les Mémoires d’outre-tombe. Sur l’autre, il y a un exemplaire de Jean-Christophe Grangé. Servane imagine très bien Michel de Goursac en train de s’affrioler de sang, de meurtres d’enfants pendant que sa digne épouse, exténuée, s’efforce de communier avec Chateaubriand en attendant que son millepertuis la flingue pour la nuit. Elle les hait de toutes ses forces. »

« Les obsessions bourgeoises » combine habilement attachement et satire où puissance de l’amitié et critique acerbe de la société bourgeoise s’entremêlent. Dotée d’une plume empreinte de sensibilité et d’humour, Madeleine Meteyer nous offre un roman profondément humain, où la tendresse des liens se confronte à la réalité d’une classe sociale privilégiée. C’est dans cette intersection, entre la tendresse de l’amitié et la critique sociale que réside toute la puissance et la pertinence de ce roman.

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Malgré des personnages légèrement clichés et peu réalistes à mon goût, Les obsessions bourgeoises est une lecture plutôt plaisante.

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370 pages consacrées à la bourgeoisie et ses obsessions : le titre s’annonce prometteur…L’histoire et les personnages le sont tout autant.

Céleste, Thaïs et Mathilde appartiennent à ce cercle bourgeois si convoité par d’autres. Servane découvre leurs codes à quinze ans, à son entrée dans un lycée huppé de la capitale. Elle devient très amie avec Céleste qui l’introduit dans son monde.

Des années plus tard, cependant, lors d’une fête d’anniversaire, un vase de grande valeur est volé chez Céleste. Des rancœurs du passé émergent autant que les souvenirs d’une jeunesse dorée…

J’ai beaucoup aimé ce roman parce que la narration alterne entre temps passé (2006) et temps présent (2017). Onze années se sont écoulées entre les deux époques. La jeunesse dorée avec ses fêtes et ses rallyes parisiens a laissé place à un monde de jeunes actifs dans lequel chacun cherche sa place. Chacun avec ses obsessions bourgeoises. L’amitié qui a lié Servane et Céleste à l’adolescence, cette connexion rapide dont on peut s’enthousiasmer ne risque-t-elle pas de se fissurer ?

Mais ce qui fait le sel du roman, ce n’est pas seulement l’amitié ou l’amour. Madeleine Meteyer nous présente aussi une habile critique de la société bourgeoise. Une société pleine de préjugés qui pose la question : les jeunes gens en sont-ils également remplis ? Servane, qui a fait nombre d’heures de baby-sitting pour gagner un peu d’argent, peut-elle réellement être leur égale ? Dans l’enquête menée suite au vol du vase, le roman prend des allures de satire de la société, ce qui a un véritable côté jubilatoire. Le lecteur en vient souvent à se demander : » quel personnage va se conformer le moins aux apparences ? quel personnage va transgresser les règles ? ».

Je conseille vivement la lecture de ce roman.

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Le titre attire : voilà un texte, au moins, qui n’a pas peur d’employer les mots propres, ni de donner aux classes sociales leurs noms tout crus.



La bourgeoisie… Servane est née seulement sur ses bords. Ses parents, intellectuels catholiques agréablement indifférents aux biens matériels, l’un historien, l’autre philosophe, ont six enfants, c’est elle l’aînée. Quand la famille quitte Colmar (pourquoi Colmar ?) pour Paris et qu’on l’inscrit au lycée Sainte-Geneviève, Servane est ravie. Mais c’est là que son supplice commence. Parmi les Thaïs Donzé-Verteuil, les Mathilde de Saint-Bonnet et autres Étienne de Sombreuil ou Antoine de Marcillac, il s’agit de se faire accepter, de « maintenir un niveau de vie décent » et « de ne pas toujours être celle-qui-n’a-pas-un-rond-pour-partir-en-week-end ». Surtout, il faut éviter les impairs. Il y a des choses qu’on doit savoir : « Les ballerines sont ringardes depuis 2004 (…), exception faite des Chanel bicolores avec un jean droit brut coupé à la cheville » ; à Sainte-Geneviève on feuillette volontiers Despentes, et on ne dit surtout pas « chouette »....

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