Les guerres de mon père

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Publication 3 janv. 2018 | Archivage 28 mai 2018

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Résumé

« Quand j’évoque mon père devant ses proches, bientôt trente ans après sa mort, ils sourient toujours, un sourire reconnaissant pour sa générosité. Il répétait, il ne faut laisser que des bons souvenirs. Il disait aussi, on ne parle pas des choses qui fâchent. À le voir vivre, on ne pouvait rien deviner des guerres qu’il avait traversées. J’ai découvert ce qu’il cachait, la violence, l’exil, les destructions et la honte, j’ai compris que sa manière d’être était un état de survie et de résistance.
Quand je regarde cette photo en couverture de ce livre, moi à l’âge de deux ans sur les épaules de mon père, je vois l’arrogance de mon regard d’enfant, son amour était immortel. Sa mort à la sortie de l’adolescence m’a laissée dans un état de grande solitude. En écrivant, en enquêtant dans les archives, pour comprendre
ce que mon père fuyait, je me suis avouée, pour la première fois, que nous n’étions pas coupables de nos errances en tout genre et que, peut-être, je pouvais accepter d’être aimée. »

« Quand j’évoque mon père devant ses proches, bientôt trente ans après sa mort, ils sourient toujours, un sourire reconnaissant pour sa générosité. Il répétait, il ne faut laisser que des bons...


Formats disponibles

FORMAT Ebook
ISBN 9782234082113
PRIX 7,99 € (EUR)

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Chroniques partagées sur la page du titre

Gilbert, le père de la narratrice, était enfant pendant la seconde guerre mondiale. Et juif. Il a bénéficié de tout un réseau de ce qu’on appellera plus tard Les Justes qui lui permettront d’éviter les camps, la mort.
Mais comme il en a entendu, vu, vécu…
« Pendant les cinq ans de l’Occupation, Gilbert a rencontré ce qu’il y a de meilleur et de pire dans l’humanité. De toutes ses forces, il a décidé qu’il ferait semblant d’oublier le pire et se tournerait vers le meilleur. »
Plus tard, il fera son service militaire en Algérie, pendant la guerre civile, en tant que médecin puisque c’est la voie qu’il a choisi pour ses études. Là encore, il assistera, sans pouvoir intervenir, au racisme, à la violence inhérente au pouvoir, aux tortures, à l’absurdité des hommes, seulement 10 ans après la découverte des camps nazis par le monde entier.
La narratrice retrace la vie de son père à ces époques à travers des archives d’origines diverses et variées : dossiers scolaires, liste de familles juives françaises ou non dont le sort prenait des voies différentes (en tout cas, jusqu’à un certain moment), dossiers administratifs de toutes sortes.
« « Moscou » regroupe l’ensemble des dossiers sensibles de l’administration préfectorale volés par les Allemands en 1945 puis volés aux Allemands par les Soviétiques, et rendus à la France en 1993. »
Ce que recherche la narratrice est une meilleure connaissance de son père, dont elle n’accepte pas la mort alors même que décédé depuis 25 ans.
Cette femme a été aimée par cet homme d’un amour immense, intégral avec pour dogme paternel : « les parents doivent tout à leurs enfants, leurs enfants ne leur doivent rien ». C’était « (…) un homme délicieux et généreux, (…) cette manière d’être au monde était une forme de politesse ».
Accepter sa mort, c’est accepter le bonheur d’être aimée : « je ne consens à être aimée que par ceux qui me trompent, me rejettent, m’oublient, rejetant à mon tour ceux qui m’aiment avec bonté. Ils ne seront jamais à la hauteur. »
Ce roman a donc une double facette. Celle des guerres traversées par un homme qui refusera de garder le pire au profit du meilleur mais dont le cœur lâchera bien jeune. Celle de la quête des nuances de la vie de son père si aimant afin de le circonscrire et de se donner la chance d’être heureuse.
Intéressant car très documenté, ce roman/récit est bouleversant.

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L'écrivaine se livre à un exercice littéraire un peu particulier, je vous explique :


Colombe SCHNECK tire le fil de l'existence de sa famille, ses grands-parents, ses parents. Elle part à la recherche de tous les témoins encore vivants qui lui livreront leurs souvenirs pour reconstituer le puzzle de leur vie, ses origines à elle, ses racines. Elle découvre la migration de ses grands-parents paternels, Majer et Paula, devenus Max et paulette, dont les pays n'existent plus. Les territoires de la Transylvanie hongroise, la Galicie polonaise et la Bessarabie russe ont aujourd'hui disparu en tant que tels. Elle relate l'histoire de ses parents aussi, la vie de son père en particulier, Gilbert qui aimait tant sa fille, la première guerre à laquelle il fut confronté, celle de 39-45, la chasse faite aux Juifs, ses études de médecine puis les années en Algérie où il intervenait au moment des "événements".


Ce roman a un petit goût de réparation. La famille a été profondément blessée par ce qui a pû être dit, écrit, publié, diffusé au grand public. Colombe SCHNECK porte elle-même les traces de cet itinéraire. Elle tient avec ce livre à rendre justice à ses ascendants :



J'ai alors rédigé une lettre un peu grandiloquente et prétentieuse sur la nécessité littéraire d'être au plus juste des faits, de réparer avec mes mots les blessures faites à mon père, à ma famille. P. 104


Colombe SCHNECK admirait son père, comme lui admirait les autres. Il a transmis à sa fille le besoin de se faire plaisir et de créer des souvenirs, à l'image de ceux que lui-même s'offrira en 1949 lors de sa visite de la Cathédrale de Chartres, émerveillé qu'il est devant la beauté architecturale du site et le bleu des vitraux. Un très beau passage !


L'écrivaine prend de la distance par rapport à son noyau familial pour donner une dimension collective, celle d'une nation, la France. Elle évoque ainsi la grande Histoire à travers deux périodes marquées par de nombreuses victimes. Il y a eu la seconde Guerre Mondiale bien sûr, mais aussi la guerre d'Algérie, celle dont aujourd'hui le passé est lentement reconstitué par les écrivain(e)s à l'image de Kaouther ADIMI avec "Nos richesses", Valérie ZENATTI avec "Jacob, Jacob"...


Elle rend un formidable hommage à celles et ceux qui ont contribué à sauver des vies juives. Gilbert SCHNECK était un petit garçon de 11 ans quand il a été caché par une famille française et, sauvé.



Mon père admirait. Il avait rencontré des héros, il savait que certains ont davantage de courage, de liberté de pensée que d'autres, que nous ne sommes pas tous égaux pour affronter la guerre. P. 61


Elle évoque la guerre d'Algérie comme les Français la connaissent peu.



Gilbert a beaucoup lu sur l'Algérie, avant de débarquer, son opinion est faite, il est pour l'indépendance. Il a été horrifié par la répression des manifestations de nationalistes algériens le 8 mai 1945 à Sétif. P. 119


Gilbert, tout jeune médecin, réalise son service militaire à Sétif. Nous sommes en 1959. Il y reste 30 mois. Il participe aux campagnes de vaccination et d'hygiène dans la Cité Bizard, là où la mortalité y est précoce. Il y déplore le manque de soins.


Mais l'écriture de ce roman ne saurait cacher une autre guerre, celle de l'intime. Colombe SCHNECK a mis 25 ans à accepter la mort de son père, à se dire qu'il ne reviendra pas et à s'autoriser, à son tour, à être de nouveau aimée. Ce roman est une très belle preuve d'amour faite à son père, un homme qu'elle vénérait et avec qui, depuis sa plus tendre enfance, elle a partagé un très grand amour. L'auteure a profondément souffert de son absence, de ce manque et par la voie de l'écriture, c'est le chemin de la résilience qui s'offre enfin à elle. Cet exercice littéraire a la saveur de la libération, même s'il lui réserve quelques surprises...


J'étais, alors, innocente, je pensais que connaître la vérité serait bien pour ma grand-mère, ma famille, la mémoire de mon père, et que tout le monde serait d'accord avec moi, m'encouragerait, m'applaudirait même. P. 102

Ce roman ressemble, à bien y regarder, à celui de Marie BARRAUD "Nous, les passeurs". C'est vrai mais chaque famille est unique. Toutefois, ces livres nous éclairent encore une fois sur la relation qui peut lier un père à sa fille !

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Autre ouvrage de la rentrée littéraire de janvier 2018 découvert en avant première grâce à net galley et cette fois, les éditions Stock : Les guerres de mon père de Colombe Schneck.
Ce n'est pas un roman, mais un ouvrage très personnel d'une fille sur son père. Ce dernier est décédé alors que l'auteure sortait de l'adolescence. Ce décès a bouleversé sa vie et l'a plongé dans une profonde solitude, lui interdisant quelque part d'aimer et être aimée.
Les guerres de mon père parle donc d'elle, de son père. Elle cherche des réponses sur lui, sur ce qui l'était, sur ce qui le faisait avancer...
C'est un témoignage fort, elle se pose des questions, cherche des réponses. C'est bien écrit et très touchant.
Comme à chaque fois que je lis ce genre d'ouvrage très personnel je suis un peu mal à l'aise. J'aime le genre toutefois il est facile de se trouver un peu voyeuse et d'être gênée de rentrer ainsi dans l'intimité d'une auteure et ses proches.
J'ai découvert Colombe Schneck et j'ai apprécié sa façon d'écrire, toute cette réflexion, ses recherches sur son père... Intéressant, touchant, et réussi.
Je ne me suis pas trop senti de trop, ça va, car même si on entre dans son intimité, je ne me suis pas vraiment sentie de trop, c'est accessible même pour ceux qui ne connaissant pas son père ou même elle-même.
Les guerres de mon père est un joli ouvrage, à qui je mets quatre étoiles.

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Colombe Schneck interroge son entourage, enquête afin de mieux comprendre son père, décédé il y a de nombreuses années, et duquel elle ne peut se détacher. La reconstitution du vecu de celui-ci lui permet de nous donner un récit de ce qu'on pu ressentir les gens, les juifs en particulier, durant la 1ere, la 2e guerre mondiale et la guerre d'Algérie.
La construction est parfois un peu difficile à suivre j'ai trouvé, sur certains paragraphes mais l'ensemble est très émouvant et très intéressant.

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Il y a un peu de La promesse de l'aube de Romain Gary dans ce roman !

L'auteur nous raconte l'histoire de son père, et à travers lui, elle nous raconte l'Histoire d'une communauté, l'Histoire d'un pays. Elle nous parle avec justesse de la "malédiction d’être juif, d’être un étranger, d’être toujours en dehors et dans la crainte". La crainte d'être dépossédé de tout, même de son identité.

​Pour nous parler de son père, elle tente de le faire avec précision, et pour cela, elle va mener une enquête minutieuse. Abattre un travail de recherche et de lecture titanesque, notamment avec tous les supports d'archives qui lui sont accessibles. Avec ses recherches elle tente de recomposer le parcours de son père, pour le saisir et pourquoi pas le comprendre. Revenir à la source pour expliquer sa personnalité, ses choix et ses travers.

Enfin "travers", il faut le dire vite ! Elle dresse le portrait d'un homme profondément positif et optimiste. Un homme qui a connu l'exil vers la France en étant petit, enfant il a survécu à la Seconde Guerre mondiale, adolescent à une honte injuste et à peine adulte à la barbarie de la guerre d'Algérie. Abîmé par la vie, il s'est bricolé un masque souriant. Il n'en était pas moins un homme généreux, aimant, qui avait pour devise de ne jamais parler des choses qui fâchent. J'ai découvert en la personne de Gilbert Schneck, un homme inspirant !

L'auteur nous propose ici une véritable leçon sur le devoir de mémoire. Envers les personnes assassinées pendant la seconde Guerre Mondiale ; envers tous les bienfaiteurs, les Justes, qui, malgré les risques ont porté secours et assistance aux membres de la communauté juive. Elle nous parle aussi, sans détour, des bourreaux, des collaborateurs, des hauts fonctionnaires zélés, elle les cite l'un après l'autre et elle dénonce leur stratégie. Elle questionne intelligemment le comportement des uns et des autres.

Elle ancre son histoire dans le présent, en faisant des parallèles très intéressants sur les situations de l'époque et celle d'aujourd'hui, notamment autour de la question de l'accueil réservé aux migrants.

Verdict : Son récit, cathartique et libérateur, en plus d'être intéressant est profondément inspirant ! Par cette reconstitution de l'histoire familiale, elle lutte contre ses propres errements. Elle se pose des questions existentielles autour de sa réalisation en tant que femme et de son rapport à l'amour.

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La gloire de mon père

Colombe Schneck est partie sur la trace d’un père qui avait pris soin d’occulter son passé. Pour lui rendre hommage et pour l’Histoire.

« Il m’a fallu vingt-cinq ans pour être capable d’affronter ce qu’il cachait. Il avait honte et nous avions honte, il était coupable et nous étions coupables, il manquait quelque chose, je ne savais pas quoi, ma seule certitude d’enfance était que son amour était aussi indéfectible qu’irremplaçable.
J’ai cherché de manière absurde, partout, son amour et son passé.
Conversations oubliées, notes perdues, dossiers administratifs, archives publiques. »
La confession qui ouvre le nouveau livre de Colombe Schneck nous livre aussi le mode d’emploi de la romancière. Ce n’est en effet pas uniquement avec ses souvenirs et les témoignages de la famille et des proches, mais aussi en généalogiste et en archiviste qu’elle est partie à la recherche du véritable visage d’un homme qui offrait à sa progéniture « un amour sans limites. Seules semblaient compter pour lui la beauté et la bonté. Il était prêt à nous laisser sans armes, dans l’illusion. Il suffisait de fermer les yeux. Nous étions des exilés sans mémoire s’accrochant aux joies du présent. » À l’image de cette photo de vacances sur le bandeau de couverture où Colombe trône sur ses épaules. Une joie de vivre et une insouciance qui ne sont pas feintes, mais qui sont nées d’un passé qu’il cherchait à oublier, à occulter.
La vérité, c’est qu’il « avait survécu aux destructions et aux rafles, aux morts injustes et à la torture, aux terreurs, à l’humiliation et à la peur, à la honte, à l’exil, à la perte encore; il avait été confronté, enfant, adolescent, jeune homme, à la violence et l’inhumanité. Face aux guerres, il avait construit un état de résistance, refusant l’amertume et la désolation, la plainte et la tristesse, la nostalgie. Il venait de pays qui ont disparu et dont il subsiste si peu de traces. Il était facile de nous faire croire qu’"avant n’existe pas" ».
Voilà donc la généalogiste remontant l’arbre généalogique – qu’elle a eu la bonne idée de reproduire au début du livre – pour essayer de mieux comprendre qui sont les personnages rencontrés au fil de cette enquête.

À la première génération, celle de ses parents, on imagine ce que le romanesque d’une histoire proche du «Jules et Jim» de Henri-Pierre Roché a pu être accompagné de frustrations et de non-dits, même si l’arrangement entre les deux amis se partageant la même femme semblait avoir eu l’assentiment de la grand-mère parternelle et de son second mari. Voici donc Pierre présentant son épouse Hélène à son ami Gilbert. Ce dernier, le père de Colombe, tombe immédiatement amoureux d’elle et finira par l’épouser. Le couple aura trois enfants, Antoine, Colombe et Marine.
Avant de revenir à Gilbert, qui est le personnage central de ce livre, remontant une génération de plus,celle des grands-parents. Cette fois, on se rapproche du Romain Gary de «La Promesse de l’aube» avec Majer, L’increvable Monsieur Schneck, et Paula: « Paula Hercovitz, la mère de Gilbert, ma grand-mère paternelle, est née à Bistriţa le 14 juillet 1909, une petite ville de la Transylvanie hongroise. Le père de Paula, comme 138 juifs de Bistriţa, s'engage en 1914 dans l'armée hongroise, il est tué en 1915. À sept ans, Paula est orpheline de père. Par le traité du Trianon, la Transylvanie devient roumaine. À l'âge de dix ans, Paula la petite Hongroise change de nationalité, de langue. Elle parle allemand, yiddish et hongrois, elle doit apprendre le roumain et une nouvelle forme d'antisémitisme, le modèle hongrois est plus feutré, presque invisible, l'antisémitisme roumain est lui violent, visible, physique. En 1922, la famille Hercovitz fuit vers la France. Qui est-on, quand on apprend dès l'enfance que rien ne reste? Qu'il faut toujours être prêt à tout perdre, même sa langue maternelle? Rien, même les murs d'une maison, une liste de camarades de classe, des habitudes, des goûts, rien ne tient. À Strasbourg, Paula devenue Paulette a suivi un cours de secrétariat ainsi qu’une école ménagère tandis que Majer, devenu Max devient voyageur de commerce pour un grossiste en porcelaine et cristal.
C’est dans cette France qui n’a pas encore pris la juste mesure des périls qui montent que naît Gilbert. Le petit garçon va très vite comprendre que le principe d’incertitude est durablement ancré dans la famille et, lié à ce dernier, le besoin de fuir, de chercher un abri ailleurs.
C’est alors à l’archiviste de prendre le relais, de rechercher dans les administrations les documents et les noms des acteurs qui sont alors intervenus pour aider ou au contraire pour nuire à la famille. Si certains lecteurs seront rebutés par la transcription brute de ces dossiers, lettres et fichiers, on sent combien le devoir de mémoire l’emporte ici sur le souci d’écriture. Et ce qu’elle trouve est édifiant, met quelquefois du baume au cœur sur des blessures encore vives ou ravive le chagrin et la colère. Faisons ici le choix de citer les Justes, ces personnes qui ont rendu possible la survie de Gilbert et, par voie de conséquence, rendu possible la naissance de l’auteur. Merci à Charles Schmitt, directeur de l’école communale de Nontron, merci à Marguerite Eberentz, du réseau de Résistance de la préfecture de Périgueux et merci aux anonymes habitants de Trélissac.
Grâce à eux, Colombe peut rendre hommage à son père et, se faisant, ajouter à son travail d’archiviste et de généalogiste, celui d’historienne.

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Qui est-on, quand on apprend dès l'enfance que rien ne reste ? Qu'il faut toujours être prêt à tout perdre, même sa langue maternelle ? (p27)

Oui qui est-on lorsque l'on cherche ses racines, lorsqu'on essaie de comprendre qui était ce père, décédé bien trop tôt, sans jamais avoir parlé de lui, de son enfance, de sa famille. Comment peut-on se construire ?

Colombe part dans une quête des origines à travers les archives, les rencontres de survivants ayant connu son père enfant, adulte. Gilbert, parti quand elle n'avait que 13 ans. Trop tôt. N'a-t-elle pas idéalisé cet homme toujours joyeux, profiteur de la vie et de ses plaisirs.

La France sera une terre d'accueil pour sa famille aux origines roumaines et hongroises, qui a connu les pogroms et à trouver dans notre pays une terre d'accueil.

Le monde imaginaire est le seul moyen de remplir les vides laissés par les absents. (p66)

Mais l'arrivée de la deuxième guerre mondiale va les obliger à fuir à nouveau, à se protéger car quand on est juifs, il est souvent nécessaire de se cacher, d'oublier son nom, ses origines. Gilbert n'avait que 8 ans quand il doit quitter Strasbourg pour la Dordogne, nouveau refuge. Son père Max sera l'homme invisible : apparaissant, disparaissant, homme à femmes également, joueur, à plusieurs visages et identités.

Au fur et à mesure de ses recherches, l'auteure découvre ceux qui aidaient, dissimulaient, dénonçaient ses familles traquées. Un récit glaçant parfois sur les monstruosités en temps de guerre, les actions de bons "fonctionnaires de Vichy" mais aussi les actes héroïques de certains, souvent inconnus et discrets.

Colombe Schneck en tire une leçon mais "n'est pas certaine de supporter de faire consciemment du mal, même si cela m'est arrivé, sûrement. Torturer, battre, tuer, il me semble que j'en suis incapable. J'aurais bien trop peur de ne plus pouvoir vivre avec". Mais comme beaucoup constate : qu'aurait-on fait. Aurions nous eu assez ce courage :

Non, puisque je ne le fais pas aujourd'hui pour les réfugiés syriens et afghans. (p122)

Les années passent mais elle retrouve parfois dans le présent certaines situations, certains regards et pose régulièrement la question : qu'aurions-nous fait en pareille situation, bourreaux ou victimes et aujourd'hui que faisons-nous ?

On fait des listes, c'est si facile de déshumaniser une personne. Un dentiste syrien devient un migrant, un adolescent tzigane, un petit voleur. (p81)

Gilbert ne parlait pas de son passé, il profitait de la vie, de chaque instant, il aimait la vie, il aimait les femmes, ne s'en cachait pas, assumait, comme s'il sentait que la vie lui était comptée. Il a été victime à une époque, pendant la guerre d'Algérie il a vu, il était dans l'autre camp, il rendait présentable les torturés de l'armée française et fermait les yeux, on a parfois pas le choix. Avait-il conscience que l'on pouvait passer la limite, même s'il n'était que le dissimulateur des actions des autres.

Une seule consigne pour lui : 

Il faut vous créer de bons souvenirs. (p148)

et peut-être ne retenir que ceux-là, pour les moments difficiles, se dire qu'il y a de belles choses. 

Il y a toujours et partout des pommes confisquées et des gens méprisés, c'est pourquoi je ne suis pas un ancien combattant. Je suis un combattant. (p119)

Roman, oui bien sûr mais surtout témoignage historique, chronique des recherches entreprises pour mieux également se connaître. Les explications arrivent au compte goutte : Pierre l'oncle aimé et bienveillant, Paulette, la mère discrète, éternelle amoureuse d'un père volage. Hugo, le résistant arraché à son amoureuse en pleine jeunesse et idole d'un petit garçon et tant d'autres.

Reste-t-il des traces dans nos gènes, dans nos esprits de tous ces événements ?

Les survivants sont rarement mélancoliques.(p 125)

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Avec Les guerres de mon père, Colombe Schneck continue le travail sur sa famille, inauguré avec L’increvable monsieur Schneck en 2006. Cet increvable étant Max, son grand-père paternel.
Cette fois-ci, l’enquête, car il s’agit d’une enquête, est consacrée à son père Gilbert décédé en 1990. Enfant juif caché par des justes dans la campagne périgourdine, Gilbert Schneck découvre l’horreur nazie puis l’assassinat violent de son père. Devenu adulte bien trop tôt, il va brûler la chandelle par les deux bouts. D’autant plus qu’une nouvelle guerre, celle d’Algérie, fait remonter les démons des hommes. Coureur de jupons, épicurien, il se laisse guider par ses envies quitte à être un mauvais mari tout en étant un père présent. La vie est trop courte, Gilbert le sait et elle le lui rappelle avec une cruelle ironie en le fauchant à 58 ans.
Colombe qui voue un amour sans failles à son père tout en reconnaissant ses défaillances, décide de faire des recherches pour le comprendre davantage, pour rencontrer les gens qui l’ont connu. Elle est aidée par des témoignages de son entourage, notamment de Pierre Pachet, son oncle maternel mais aussi par des fouilles aux archives. Il en résulte un récit touchant, intime d’un père, d’un homme imparfait parce que la vie est malheureusement loin d’être parfaite. Et puis, nous avons aussi en filigrane le portrait d’une fille qui rend hommage à son père, qui tente de tourner la page de ces instants perdus avec lui tout en leur offrant un écrin.

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Voici la phrase que répétait le père de l’auteur. Aujourd’hui, Colombe Schneck met en résonance cette phrase dans son dernier livre. A la frontière entre récit, fiction, histoire et témoignage, Colombe retrace la vie d’un homme fort : son père. Il n’est pas toujours facile de revenir sur le passé. D’écrire sur ce que l’on n’a pas vécu, mais qui nous a simplement été narré. Pourtant c’est le chemin que Colombe Schneck décide de prendre : celui du passé de son père. Un père autour duquel se tisse une histoire et des secrets. Alors il faut enquêter, questionner, chercher. L’auteur fait un travail minutieux, se rendant sur les lieux du passé, interrogeant les personnes qui ont connu son père. Elle construit peu à peu un patchwork d’indices et d’évènements qui progressivement raconte l’histoire de Gilbert.
[...]
Ce n’est pas la première fois que Colombe Schneck écrit sur sa famille. D’abord, ce fut l’histoire de son grand-père, ensuite de celle d’une partie de sa famille qui fut déportée et, last but not least, celle du père. Il lui aura fallu attendre 30 ans après la mort de celui-ci pour écrire son parcours. Le récit est d’autant plus maitrisé, il est tendre, documenté, tout en étant fort et analysé sans parti pris ni jugement. Colombe Schneck regarde ces personnages réels avec bienveillance. Elle cherche à les comprendre sans jamais les juger. La lecture en est plus qu’agréable et intelligente.

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Voici le lien vers la chronique qui paraît dans les media attachés au blog du Pavillon de la Littérature
http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2018/02/09/les-guerres-de-mon-pere-8802370.html
Une lecture recommandée
Bien cordialement
A Elter

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Cela fait plusieurs années que je souhaite lire une oeuvre de Colombe Schneck que j'aimais entendre à la radio dans ses chroniques et dont la personnalité a toujours piqué ma curiosité.

"Les guerres de mon père" est le premier titre que je découvre mais je crois savoir qu'il réunit beaucoup des enjeux qu'elle place dans l'écriture : mieux connaître l'histoire de sa famille pour mieux la comprendre, pour entretenir sa mémoire et surtout pour tirer de ses expériences un sens à sa propre existence.

Partant de là, son style est fatalement très personnel, tout comme son sujet est intime. Ici, la frontière entre l'auteur et le narrateur est quasi inexistante. De sa famille juive dont les origines se situent "dans des pays qui n'existent plus", aux confins de l'Ukraine, de la Hongrie, de la Roumanie et de la Pologne, Colombe - au prénom prédestiné - cherche à apaiser le passé à multiples visages en rendant hommage à chacun de ses membres. Une famille marquée par l'exil et la migration.

Dans la forêt généalogique ainsi explorée, a vécu un arbre noble, peut-être un chêne, d'abord robuste puis rendu frêle par différentes calamités (humaines, pas naturelles) : Seconde guerre mondiale, l'Occupation, la vie cachée, secrète, la Résistance ; mort du Père, mystérieuse, violente, honteuse ; guerre d'Algérie, l'illusion coloniale, la torture, la culpabilité. Cet arbre, c'est Gilbert Schneck, son père. Colombe a follement aimé Gilbert et a été follement aimée par Gilbert. A travers ce roman-quête, moitié chronique, moitié documentaire, elle se livre énormément en dévoilant la personnalité de son père. Le récit est touchant, souvent émouvant.

J'ai ressenti de nombreuses émotions fortes au cours de ma lecture. D'abord parce qu'il est rare qu'un lecteur puisse rester indifférent au spectacle inlassablement retracé des séquelles du nazisme, ou de la guerre en général, quel que soit son nom. Ensuite, et à ma grande surprise, peut-être ai-je également été émue par le fait que mes grands-parents portent les mêmes prénoms que les parents de l'auteure, Gilbert et Hélène, et sont nés comme eux en 1932. Au fil des pages, je n'ai ainsi pu m'empêcher de juxtaposer en filigrane le visage de mes grands-parents sur ces deux personnages, et bien que n'étant pas juifs, eux aussi ont vécu ces conflits et ces traumatismes. Enfin, j'ai eu la sensation de replonger dans l'atmosphère du roman-enquête de Patrick Modiano, "Dora Bruder", que j'avais beaucoup apprécié.

Mes seuls reproches concernent le style en lui-même, je l'ai trouvé globalement trop égocentré même s'il reste plaisant à lire, et paradoxalement, alors que la trame est chronologique, j'ai parfois jugé la narration dispersée.

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Colombe Schneck est une auteure qui a beaucoup écrit sur son histoire familiale. Ici, elle part sur les traces de son père Gilbert Schneck, décédé il y a vingt-cinq ans.

Elle nous relate en détail son enquête pour reconstituer l'histoire de son père, ses recherches aux Archives Nationales sur ce qu'il a subi avec ses parents pendant la seconde guerre mondiale, ses recherches sur ceux qui l'ont caché et sauvé, elle parle de l'épreuve de son exil en Dordogne à sept ans qui faisait écho à l'exil de ses parents. Elle relate ses échanges avec son oncle maternel qui était le meilleur ami de son père, ses rencontres avec des amis de son père et avec certaines de ses nombreuses maitresses. Elle part sur les traces de son grand-père paternel Max un homme "aux origines incertaines, aux traces effacées dans des pays qui n'existent plus.", elle semble même obsédée par la mort de Max, assassiné en 1949 alors que Gilbert n'avait que seize ans, elle enquête sur ce fait divers national qui avait fait les gros titres racoleurs de la presse à l'époque, Max aurait été assassiné par son amant et son corps coupé en morceaux transporté dans une valise... Une disparition source de scandale et de honte pour la famille et qui fera toujours l'objet d'un silence familial pesant. "Tristesses, hontes, humiliations, peines restent cachées, non dites, non écrites."
Elle raconte aussi son père médecin fraichement diplômé confronté durant trente mois à la guerre d'Algérie où il avait en charge les personnes torturées par l'armée française.

Ce texte est visiblement un livre thérapie pour Colombe Schneck qui doit enfin accepter la mort de son père, affronter ce qu'il cachait, accepter de vivre sans lui et d'être aimée sans lui. Il n'a pas été facile pour elle de se construire avec un père théoricien de l'infidélité qui a passé sa vie à fuir, lui offrant un modèle masculin dont il lui a été difficile de se débarrasser. Elle a eu du mal à accepter d'être aimée... "Vingt-cinq ans pour l'accepter, il est mort, il ne reviendra pas, je peux enfin le pleurer et recommencer à vivre entièrement", "Je ne consens à être aimée que par ceux qui me trompent, m'oublient, rejetant à mon tour ceux qui m'aiment avec bonté. Ils ne sont pas mon père, ils ne seront jamais à la hauteur"

L'histoire de cette famille est intéressante mais j'ai peiné dans la lecture de ce livre, noyée sous une multitude de détails, de noms, de rapports qui m'ont rendu la lecture difficile et qui m'ont parfois ennuyée... Un rendez-vous manqué avec cette auteure dont la plume assez journalistique ne m'a pas particulièrement séduite. Peut-être aurai-je mieux apprécié ce récit si j'avais lu ses précédents romans sur son histoire familiale...

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J'avais déjà beaucoup apprécié "la réparation", de Colombe Schneck.
L'auteur continue d'explorer les secrets de son histoire familiale et de tenter de régler ses comptes avec les membres de la famille.
Ici, son père, personnage marqué par sa propre enfance pendant la guerre, adulé par sa fille malgré ses failles d'homme, est au centre du récit.
C'est une histoire intime mais qui nous touche, car elle parle de la difficulté de se (re)construire après les traumatismes, ou même grâce à eux.

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Tu as eu un gros coup de coeur pour ce titre de Colombe Schneck !! Et quel plaisir de voir ainsi évoluer une telle plume, après ce troisième livre lu (après La réparation, et Une femme célèbre). En effet, tu as trouvé que l’écriture de l’auteure était ici d’une précision et d’une justesse plus forte que dans ses précédents écrits, plus affirmée, qu’elle était avec évidence à la hauteur de ce que tu avais beaucoup aimé chez Brigitte Giraud, Justine Levy ou Laurence Tardieu par exemple, dans le même style. Et que le plaisir de lecture était là, entier. Colombe Schneck enquête ici sur son père, Gilbert, et tente d’en dresser un portrait fidèle. Décédé il y a plus de vingt ans, il était tout pour elle, toujours souriant, optimiste, excellent père, mais également un mari infidèle, et ne voulant pas parler du passé, de ce qui fâche. Il incitait ses deux filles et son fils à se fabriquer de bons souvenirs. Enfant pendant la seconde guerre mondiale, et juif, il a réussi à éviter les camps en étant caché par tout un réseau, et donc sauvé. Sa fille essaye de retrouver un à un les acteurs de ce sauvetage, et remercie. Jeune homme pendant la guerre d’Algérie, résolument pour l’indépendance, et également jeune médecin, il soigne, mais se taira sur ce qu’il voit, sur ce à quoi il participe. Colombe Schneck s’interroge sur ses sentiments face à des scènes déjà vues et répétées. Comment a-t-il pu supporter d’avoir été un enfant traqué puis là, à ce moment-là, un soldat ? Mais les guerres de Gilbert n’ont pas été que de cet ordre, il a fallu composer avec son propre père, souvent absent et un peu fantasque, à son décès curieux et médiatisé, à ce qu’il lui a transmis… Colombe Schneck mène une enquête scrupuleuse, fouille avec détermination toutes les zones d’ombre. Les acteurs de cette histoire ont pour la plupart disparu, il était temps de poser à ceux qui restent les questions qui libèrent, de fouiller les archives. Et toi lectrice, tu as été touchée par cette démarche, par ce puzzle familial que Colombe Schneck tente de construire depuis plusieurs livres, et par la forme de ce texte, très bien construit et très réussi.

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